24 juil. 09
Excipit à la Montaigne
La phrase de Michel de Montaigne : " Au plus élevé trône du monde, nous ne sommes pourtant assis que sur notre cul" semble sertie dans le bronze des sentences du "patrimoine commun de la sagesse de l'humanité". Rappelée par une guide qui fait plus état de sa méconnaissance personnelle du latin que des risques de se cogner la tête dans les embrasures des portes, elle épate le touriste en visite de la tour du château du célèbre essayiste, le plus inclassable des écrivains français, dit-on. Phrase toujours citée hors contexte (il m'en souvient ainsi d'un anthropologue qui la rapportait volontiers). Elle produit toujours un effet certain sur l'auditoire. Etonnante conclusion du troisième livre des Essais (excipit), qui vient après celle-ci : " Nous cherchons d'autres conditions parce que nous ne comprenons pas l'usage des nôtres, et sortons hors de nous, pour ne savoir pour ne savoir quel il y fait... " (cf. la remarquable version récente de 2001 des Essais en Pochothèque par Jean Céard). Le goût pour les paradoxes semble l'essence-même de la morale humaniste. Quelle est la cause de cet abandon délibéré de tout principe de cohérence qui formalise en principe le socle de toute Vérité ? L'influence de l'éthanol ou de diverses formes mystiques de spiritualité, ou les deux peut-être même ?