La logique

est-elle un art de penser scientifique ?

11 mai 09

Epicurisme et stoïcisme en perspective épistémologique

000030Poursuivant la lecture de Lloyd Gerson sur l'épistémologie ancienne, on ne peut manquer de trouver intérêt dans la synthèse donnée de l'épicurisme et du stoïcisme. Ce qui caractérise ces philosophies selon l'auteur est le constat du fait que l'erreur substantielle à propos de la nature de la réalité est la cause du malheur de l'homme. Epicure, dans une perspective aristotélicienne, reprend à son compte les aspects psychologiques consécutifs à une croyance sincère en ce qui est vrai (true belief) comme source de tranquillité d'esprit. A contrario, la sagesse qui résulte du bonheur de l'esprit serein, ne peut avoir pour fondement la fausseté. L'idée de prise de conscience est présente dans la psychologie effective du "true belief" caractérisé par la "bebaiotes" (firmness) et "l'energeia" pour "clarity". Nous sommes confrontés ici à de sérieuses difficultés terminologiques autour des interprétations anglaises et françaises des textes originaux. La notion de "tepid conviction" n'est peut-être pas l'expression du doute sceptique, mais plus l'instabilité du "true belief" qui oscille entre le "knowing" et le "believing". Selon Epicure, visité par L. Gerson, la supériorité du "knowing" sur le "believing" tient à la transformation de l'esprit par la connaissance. "A true belief of which one has sufficient conviction for this belief to put one's soul in a state of tranquility" est ce qui fonde le "knowing". Etonnante affirmation qui remet en cause tout ce qui précède dans la pensée platonicienne et aristotélicienne. Les choses se compliquent singulièrement lorsque l'on se réfère au refus épicurien des "sense data", dans l'hypostase d'une conception primaire d'éléments agrégés d'attributs sensoriels en relation permanente, source de critère d'une sorte de commencement de vérité empirique. Celle-ci est ensuite redoublée par une affirmation réflexive du "knower" (distinct du "believer", sans doute trop émotif...) "the awareness of a sense-perception confirm the truth of sense perceptions" différentes des apparences. Une "tepid conviction" devient dans ce contexte la résultante du réalisme relatif aux événements mentaux (folie, rêves, et autres fantasmes imaginaires avant l'heure) ; elle impliquerait donc un renouvellement des règles de raisonnement dans leur rapport avec des objets sensoriels erronnés mais cependant réels. Nos freudiens contemporains trouveront dans Epicure l'origine "idéal-typique" de leur science de l'inconscient dans l'antiquité. Nous sommes sur la voie du scepticisme, et dans cette perspective, les dieux n'ont que faire des mortels puisqu'ils vivent ce à quoi ces derniers aspirent, à une "blissfull life" (une vie de bienheureux, ce que certains désignent, allongés sur les plages par le paradis terrestre, et d'autres, affichés sur les terrains de golfs, par l'âge d'or). Bref de ce qui est réservé sur terre de nos jours aux "stars people", autant d'avatars épicuriens d'une société post-industrielle, dont l'envers du décor est le stoïcisme de véritables héros. A suivre, donc ce panorama anglais qui nous convoque à une relecture des textes originaux.

Posté par Riviere_G à 20:15 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=318566&pid=13705072

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :