La logique

est-elle un art de penser scientifique ?

23 févr. 09

Les divertissants paradoxes de Blaise Pascal

Les Pensées de Pascal ont toujours été l'objet d'une vénération particulière. Le caractère informel de leur composition, joint à beauté de certaines maximes, donne à l'ensemble une puissance d'évocation. Mais combien sont-ils qui ont entrepris la lecture linéaire de tous les papiers d'un bout à l'autre de l'ouvrage ? Curieusement, cette lecture impitoyable ternit le mythe du penseur génial. La dialectique pascalienne est simple, presque simpliste. La métaphore de l'homme "roseau pensant" est le pivot central de nombreuses variantes. L'ensemble de l'oeuvre tourne autour de ce paradoxe d'une humanité concupiscente, sauvée (in extremis?) par la grâce du christianisme. La condition humaine est corrompue par nature (Jean-Jacques Rousseau affirmera le contraire) et l'Ecriture Sainte est le fait majeur de la culture, qui transcende la "bête humaine" pour la rapprocher de l'Esprit de Dieu. Les activités du monde ne sont que divertissements vis-à-vis de la conscience de ce qui donne sens à la vie, à savoir la condition de mortel de l'homme, lorsqu'il est éloigné de l'Eternel.

Question incidente cependant, et en toute logique : en quoi la pensée paradoxale n'est-elle autre chose qu'un divertissement ? Réponse : c'est le seul divertissement qui vaille véritablement, car tous les autres ne sont que futilités.

Question seconde alors : comment fonder une créance valable sur cette contradiction fondamentale ? N'est-ce pas pure hypocrisie ou folie ? Non puisque celle-ci s'appuie sur la Parole de Christ, une raison du coeur qui a des raisons que la raison ignore. Mais la spiritualité ne provient-elle pas d'abord de l'Esprit en tant qu'Intellect pour reprendre les mots de Plotin et la tradition ancienne la plus aboutie de la méditation spirituelle ? L'homme ne connait que l'homme. Personne ne connait les choses de Dieu si ce n'est l'Esprit de Dieu ( I, Cor. 2, 11). Les pensées de Pascal servent aux préparations des baccalauréats et à retrouver aussi sans intermédiaire, le texte de la Bible, tel qu'il est, peut-être sous certains aspects délibérément ignoré (cf. le Lévitique, 24 par ex.)

En prolongement, l'on peut observer que le refus de toute croyance et de toute représentation provenant de la perception sensorielle, affirmation majeure du scepticisme (qu'il soit académique ou pyrrhonnien), est aussi un dogme paradoxal. La pensée n'offre donc que le salut que par la contradiction interne, si l'on considère que le dogme, postulat fondamental de toute pensée "qui se tient" implique une négation pour son affirmation même.

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16 févr. 09

La réforme des universités en France

Le projet de réforme des Universités, par la modification du Décret du 6 juin 1984 régissant les personnelsnoitmout_8 enseignants, fait actuellement beaucoup de vagues. J'observe que rien n'interdit aux Présidents des Universités de prendre acte des avis du Conseil National des Universités, mais  aussi que les attributions des enseignants-chercheurs seront multiples et diverses. Toutefois, le volume horaire d'enseignement magistral ne dépassera pas les dix heures par semaine. Cette observation est importante car les cours magistraux des Professeurs d'Universités ne changent parfois pas beaucoup d'une année à l'autre, contrairement à l'obligation faite aux Professeurs du Collège de France (qui en revanche n'ont pas de diplôme à faire valider). Les Présidents des Universités seront nommés par le pouvoir en place, et plus ou moins tenus par une dette d'intérêt, et le risque de dérive autoritaire n'est alors pas nulle, ce qui  ne pourra que dégrader l'ordinaire d'étudiants, par le jeu des admissions facilitées aux baccalauréats : la baisse de la qualité des savoirs transmis, l'objectivité dans la recherche, l'indépendance d'esprit indispensable au progrès scientifique, etc. toutes ces critiques ont suscité une contestation longue, qui ne remet cependant pas en cause l'essentiel d'un système de titre par principe inadapté au système des postes proposés par la société marchande.  Autre sujet d'étonnement : la spécificité de la filière médicale, qui est rattachée pourtant à l'ensemble de l'édifice, en attendant  peut-être l'avènement d'Ecoles de Médecine, ou d'instituts médicaux indépendants.

Il n'y a plus rien à espérer des Universités en ce qui me concerne. Les déferlantes des générations successives se brisent sur les rochers de l'immobilisme absolu, sans même parvenir à en atténuer l'aspérité. Face aux énergies déployées en pure perte par la houle, ceux-ci demeurent marquant les limites de l'espace de la culture, et de l'énergie gaspillée depuis longtemps, depuis toujours. La culture est ce qui reste des plages, ces espaces infinis où les enfants jouent, disait Tagore. Mais ce sont les mêmes mouvements de l'océan, et le vent qui les anime, qui portent aussi les navires et les constructions de l'esprit vers des horizons nouveaux.

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14 févr. 09

Logique morale, morale logique

Lorsque je terminai mes études de logiques déontiques, j'entendis force remarques désobligeantes prophétisant une reconversion de mon esprit dans les domaines de la moralité. Hélas, ma préférence pour la vérité prévalut, et en dépit d'une conférence de l'athée convaincu Comte-Sponville à la Chambre de commerce régionale, j'en suis demeuré quelque peu freudien, au sens non refoulé du terme. A quoi bon le nier ? Les philosophes ne sont pas des Saints. Diogène ne se masturbait-il pas ostensiblement devant les passants ? nous rappelle le grand buveur du Château Eyquem. Avec internet, cet usage est tombé en désuétude, et peut même poser des questions de droits d'auteur (si j'ai bien compris). Les Grecs, c'est certain, aimaient leurs sexes virils. En visitant la Grèce autrefois, je fus étonné de la prolifération de ces petits souvenirs phalliques, que l'on vendait à quelques drachmes dans les rues de Plaka, etc. Il n'empêche. Lorsque le grand buveur nous rappelle Plutarque en énonçant que "le sage vit tant qu'il doit, non tant qu'il peut", je ne suis pas insensible à la force déontologique du propos, renvoyant la permissivité du modèle de l'émérite Prof. Bailhache à de "nouvelles frontières" systémiques. Maintenant qu'il me serait possible de discuter un peu de logique, je dois me défendre de l'idée d'en faire. Un jour peut-être le logicien perverti deviendra-t-il un enfant sage ? Il n'est de véritable morale que de morale cohérente, dirons-nous. En dépit des écarts entre la théorie et la pratique, donc (lol!).

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13 févr. 09

Les mathématiques des anciens

Les mathématiques des anciens comprenaient, si j'ai bien suivi : l'arithmétique, la géométrie, la logique et la musique. Au fil des lectures de Montaigne, celui-ci égrène son mépris pour la logique - inévitable chez un moraliste, et son peu d'intérêt pour la musique, complètement passées sous silence, en quelque sorte. Que ce grand Gascon ne cite pas la musique parmi les composantes des mathématiques n'étonne guère. La référence dans "Les essais" n'est pas très précise dans ma mémoire, il me semble que c'est une observation de l'édition commentée qui rappelle ce constat, ou bien l'ai-je lu par ailleurs. La musique est avant tout un phénomène physique, essentiellement acoustique, même s'il existe dans les oeuvres des logiques sous-jacentes, qu'il s'agisse des combinatoires du solfège et des règles de tonalités (fa, do, sol, ré, la, mi, si, etc.) ou des montées chromatiques, des harmoniques et du rythme. L'ironie de Montaigne envers la logique - notamment celle pratiquées par les "femmes savantes" - n'est qu'une critique superficielle. Le philosophe humaniste se désintéresse de la musique, ainsi que de la logique et de son contrepoids épistémologique qui est l'ontologie. "L'honnête homme" devient un homme du monde retiré dans une solitude d'où émergent les grandes figures de l'histoire politique, et les grandes questions de moeurs, telle celle par exemple, déjà, de l'instruction judiciaire et de l'inquisition. La solitude de Montaigne est inspirée par la reconnaissance envers un père qui, à défaut d'être éternel, fut particulièrement bon envers son fils. Cette image paternelle contribue à la reconstitution d'une paternité d'aïeux de l'antiquité, autant de souvenirs de vies d'hommes illustres et de haute vertu (racontées par Plutarque). Cet idéal du moi, conjugué à la magnitude d'un surmoi d'une grande probité trouva sans doute son apogée dans cette amitié qui ne fut probablement pas seulement platonique envers de la Boétie, décédé prématurément. L'autoportrait de Montaigne a sans doute intéressé nos psychanalystes et autres psychos modernes, même si ces avatars théoriques ultérieurs de la bourgeoisie refoulée n'a aucun lien avec les idéaux d'une aristocratie alors émergente fin XVI ème. La musique n'a pas lieu d'être dans ce décor fixé sur la nature humaine dans toute sa simplicité naturelle. Le seul art qui prévale est celui de la conférence, autrement dit de la conversation, dont sont exclus les sots et les Princes, qui ne souffrent par "principe" aucune contradiction. Or "neque enim disputari sine reprehensione potest" (on ne peut discuter sans se contredire). La musique viendra toujours clore ces chapitres dialectiques. Non, je n'ai pas écrit que la musique était un art totalitaire. L'aurai-je pensé si fort, en imaginant une exposition de Picasso, ou en souvenir de Lydie Salvayre lors de cette si chaleureuse lecture et dédicace au café littéraire (qui insistait sur la primauté de l'oeil et du noir désir).  Ne sont-ils pas rares les citoyens français qui avouent préférer la fréquentation de ceux qui les "gourment" (réprimandent) plutôt que de ceux qui les craignent ? Dans le domaine "bloggant", l'art du commentaire se limite souvent à des allusions perfides, à des éloges ampoulés, plus ou moins mérités, comme si un réseau de véritables amis pouvait surgir de ces entrefilets d'ombre et de lumière, zone de mécréance ou espace transitionnel des nouveautés ? Impossible de revenir en arrière, en tout cas. Mais nostalgie, quand tu nous tiens de nos courageuses humanités, plus classiques que logiques, et sans prétention scientifique. Nous dirions que la science n'est, pour faire simple, que ce qui se donne comme telle, et notre question hautement épistémologique serait résolue par la pirouette. De même qu'un homme intelligent est un homme dont on dit qu'il l'est, ou à contrario, qu'il n'est point trop sot en ne se prenant pas trop au piège de son arrogance. Il n'est de vraie morale que celle qui passe au crible de la validité logique, dirions-nous pour avancer.

   

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03 févr. 09

Cette question serait-elle un bon sujet de thèse ?

DSCF1945Cette question serait-elle un bon sujet de thèse, à défaut de blog ?J'en doute quelque peu. Peut-être cette question serait seulement bonne pour la dissertation de philosophie du baccalauréat. S'il est une Université qui puisse en tout cas s'intéresser à mes quelques aptitudes pour une thèse tardive, ce ne pourrait être peut-être que Montaigne Bordeaux 3. Michel Eyquem de Montaigne commença l'écriture de ses essais que sur le tard de sa vie, dans sa librairie. C'était un homme naturel et sans arrogance. La peinture qu'il fait de lui-même est mal connue. Les éditeurs n'ont pas toujours bien mis en évidence l'intérêt philosophique  de ses propos, écrits dans une langue originale, sauf peut-être l'édition de la Pochothèque, de l'équipe de Jean Céard, 2001, qui offre, entre autres, maintes précisions de vocabulaires, de sorte que l'on y puise à la fois l'ancien et le nouveau, au fur et à mesure des pages. Ma mienne vie ne vaut guère qu'on la narre ou la médite, mais écrire une thèse, inéluctablement logique -  car toutes les thèses sont logiques par définition - pourrait être être une manière élégante, à défaut d'intelligente, de me désinscrire enfin de la liste des chômeurs de longue, très longue durée. En ce qui concerne les sujets de thèse, ce ne sont pas toujours les thésards qui en sont les porteurs. Il est souhaitable parfois de répondre à la demande de problématiques des patrons, comme on dit, et laisser ses questions en attente, provisoirement. Non, je n'ai pas écrit : cherche patron de thèse, désespérément.

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