28 sept. 08
C'est logique parce que je le veux
S'il me plait de penser que [A(x) > B(x)] et que [B(x) > C(x)], il en résultera que [(A(x) > C(x)]. Cette conclusion est valide mais elle n'a aucune force obligatoire, et n'est pas une vérité en soi. La seule contrainte porte sur les conséquences des hypothèses initiales que j'assume en toute liberté. "La pensée connait-elle des modifications ou bien est-elle indépendante du temps ? La pensée que nous énonçons dans le théorème de Pythagore est bien indépendante du temps, éternelle, inaltérable. Mais n'y a-t-il pas des pensées qui sont vraies aujourd'hui et fausses six mois plus tard ? "La pensée n'appartient ni au monde intérieur en tant qu'elle serait une représentation, ni au monde extérieur, le monde des choses perçues par les sens". Extraits de Ecrits logiques et philosphiques, Gottlob Frege (p. 192 et ss)
25 sept. 08
Logique savante et logique du sens commun
La problématique mériterait d'être approfondie par les sociologues. Je m'entends dire parfois - depuis un retour dans des études universitaires focalisées sur la logique fondamentale, qui m'ont incité à compléter ensuite en solitaire les connaissances alors validées sans éclat particulier - "à quoi bon ces écritures, ces symboles ?" Que deviennent ceux qui ont appris ces choses, dont la valeur semble être le prix du papier imprimé ? Ils ne peuvent devenir tous professeurs de logique... ou de mathématique logique, il faut bien qu'ils s'adaptent à des environnements différents et d'une utilité socialement incontestable. La logique est comme l'air que l'on respire. Nul n'en a le monopole, tout un chacun en fait spontanément dès lors qu'il se sert de mots, se distinguant ainsi de l'animal, dont les nuances de l'expression linguistique nous sont inconnues, voir par exemple la danse des abeilles. Rien n'empêche quiconque de respirer autremenr l'air qu'il respire, de l'humer (ou de l'aimer), voire de l'étudier de manière désintéressée, de même que les amateurs d'astronomie observent le ciel, ou lisent des cartes des constellations. La logique du sens comun ne mérite-t-elle pas autant d'attention que la logique savante ? Inversement, la logique savant mérite-t-elle pas autant d'égards que celle du sens commun ?L'abeille fait du miel, ce sont les hommes qui s'en régalent. L'homme fait de la logique, et ce sont des dieux qui s'en amusent. C'est une habitude, une tradition telle qu'on y trouve d'autant plus de plaisir que l'on y a pris goût de manière désintéressée, sans autre contrainte que le hasard des circonstances de la vie, des limitation de temps, et du plaisir de l'esprit. Les meilleurs choses ont une fin, mais nul ne sait ni le jour, ni l'heure.
20 sept. 08
En logique, le sérieux va sans arrogance
Après diverses lectures de blogs, de livres et d'articles en logique, une bonne idée est de s'attarder à un ou deux articles de Mind, la plus vénérable revue de logique formelle contemporaine. Cf. www.mind.oxfordjournals.org Ainsi le très stimulant papier de Staffan Angere (publié en janvier 2008, volume 117, 465) : "Coherence as a Heuristic". Produit d'Universités du top 500, évidemment, celle de Lund (Sweden) en l'occurence. L'Université de Grenoble, dont fait part le Professeur Vernant, est aussi du top 500. Mais les approches diffèrent radicalement. Staffan Angere argumente de la cohérence du climat, de la pluie, de la température et du ciel nuageux. Le Professeur Vernant argumente, lui, par la relativité de la relation amoureuse. Dans l'aimable spam qu'il m'adresse, je note : " la logique ne peut rien dire ce qu'est l'amour. Elle peut seulement caractériser les différentes conceptions possibles. Si vous traduisez l'altruisme par A(x,y,z), c'est une relation ! Car c'est différent de Ax & Ay & Az. La logique ne dit rien non plus de la vérité, mais seulement de la validité ou vérité formelle." Seule la négativité ontique pourrait relativiser une conception possibiliste de l'amour, telle que conçue par la logique standard.
16 sept. 08
C'est logique parce que c'est rationnel
Une citation de David Hume situe l'ampleur de la problématique. "L'auteur dernier de toutes nos volontés est le Créateur du monde qui, au début, donna le branle à cette immense machine et plaça tous les êtres dans cette position particulière d'où il faut que résulte, par une inévitable nécessité, tout événement ultérieur. Aussi, ou bien les actions humaines ne peuvent être en rien moralement dépravées, puisqu'elles proviennent aussi d'une bonne cause ; ou bien si elles sont dépravées, il faut qu'elles englobent notre Créateur dans la même faute tant qu'on le reconnait comme leur cause et leur auteur dernier". L'alternative est claire et nette. Nous sommes dans une logique binaire, et la logique binaire est en dernière analyse, la seule forme de rationalité qui vaille. Cf. l'algèbre de Boole, etc. Pour éviter les inconvénients de la binarité du vrai/faux, la littérature, la religion et la politique ont besoin d'un domaine fictif dont la science s'accommode, pour ne pas remuer certains sujets déplaisants, et donc tabous. Pourtant, même si les nombres peuvent être oscillants et dyadiques, comme l'écrivait l'intuitioniste des mathématiques Brouwer, même s'il existe des logiques trivalentes et des logiques floues, tôt ou tard, on ne peut guère aller à l'encontre d'une réalité qui est celle qu'un homme mort n'est pas un homme vivant, et que croire en l'idée d'une résurrection post-mortem c'est admettre la validité d'une illusion pour des raisons de convenances.
14 sept. 08
C'est logique parce que non-contradictoire
Pour écrire un message de blog sur une question aussi énorme, il ne faudrait pas avoir honte. Sur cette question, des centaires de livres ont été publiés, de l'antiquité à nos jours. Comment avoir la prétention de les résumer et de donner un avis en quelques lignes ? L'expertise qui résulte de l'étude approfondie trouve ici sa limite. Cette technologie ne peut que faire l'impasse sur les nombreux travaux scientifiques sérieux, dont les revues scientifiques relatent certains éléments, parfois décisifs, il est vrai, mais l'accès aux ressources bibliographiques, en ligne ou sur papier peu importe est le signe évident de la valeur scientifique de travaux. Tel me dira : il suffit de quelques citations, ornementées de peintures, et le tour est joué de l'accès à la TV (tolérance et vérité) ? Pas si sûr...
13 sept. 08
David Hume, l'invitation à penser librement
Il est peu probable que David Hume, né en 1711 à Edinbourg et décédé en 1976 en cette même cité, soit un jour objet d'un record de l'audimat sur les chaines de la télévision française. Dommage. Inutile de reprendre ici les informations figurant sur Wikipedia et les liens qui permettent d'accéder à ses oeuvres. Chacun est libre de le faire, et de se "prendre la tête de ce qu'il juge bon et désirable". Mais pour le sens commun du petit bourgeois honnête, dès qu'il est question de penser, c'est l'horreur d'un effort voué à l'ennui et à l'inutilité. Ce n'est plus ce que c'était, disent les professeurs de philosophie ne s'étonnent plus de trouver à notre époque des citations de Hegel côtoyant Harry Potter dans les dissertations de philo. Il n'empêche, qu'un auteur ait pu écrire en conclusion de son "enquête sur l'entendement humain : "Si nous prenons en main un volume quelconque de théologie ou de métaphysique scolastique, demandons-nous : Contient-il des raisonnements sur la quantité ou le nombre ? Non. Contient-il des raisonnements sur des questions de fait et d'existence ? Non, alors mettez-le au feu, car il ne contient que sophisme et illusion " sans se poser la question de savoir si son enquête en contenait elle-même effectivement, des références aux faits et aux nombres) mériterait une vérification, proclamera l'adepte d'une superstition ou d'une foi révélée, subitement converti à la rationalité. David Hume donne de nombreux exemples concrets, donc pas d'inquiétude. Affaire à suivre, et à relire donc, pour ceux qui n'ont pas encore sombré complètement dans l'émotionnalisme, l'obscurantisme et le confusionnalisme qui ont tous pour dénominateur commun non l'amour de l'argent mais la fièvre de l'or. Vérification faite, Hume argumentait son raisonnement par des références pratiques aux faits.
12 sept. 08
Merci à nos amis du Québec
Une adresse indispensable pour des recherches et des actualisations en philosophie générale, et en logique : www.erudit.org Choisir rubrique "philosophiques", bien sûr. De nombreux articles sont offerts, ce n'est pas le cas dans tous les systèmes universitaires, loin s'en faut. J'y trouve là un article d'un Professeur de Droit de Paris II à propos des fonctions normatives et des catégories modales. Article assez violent contre Kelsen et ses adeptes qui n'ont pas compris la consécution des modales d'Aristote. Notre cher professeur ne semble pas non plus avoir bien approfondi les références aux premiers analytiques, mais on lui pardonne puisqu'il n'a pas fait de logique autre qu'en droit. Il n'a pas visiblement non plus intégré la portée de la logique argumentative de Perelman dans son schéma. Pour lui, la permission, l'obligation et l'interdiction sont trois degrés dans l'échelle du possible. Inutile don d'y impliquer du nécessaire ou du contingent... Kelson confond les catégories logiques avec des catégories psychologiques. Quelle honte ! Kelsen n'a pas lu les prolégomènes à une théorie pure de la logique de Husserl, et il prétend produire une théorie pure du droit... Quelle horreur ! Ajouter à cela les négationnistes qui ne sont que de vulgaires adeptes de l'induction logique, inspiré de Popper, théoricien qui n'a pas fait de logique, par exemple en s'intéressant à la théorie formelle inductionniste de Mill. Et pour finir, le comble du ridicule, pour ceux qui ont une haute idée d'eux-mêmes : la théorie du Tû-Tû de Ross (école suédoise). L'auteur souhaitait-il quantifier les fonctions normatives tout en récusant la notion de "foncteur" (le mot décidément fait sourire les juristes, qui ne connaissent sans doute que les facteurs) , mais qui pour les habitués aux maths modernes n'y voient qu'un opérateur formel ? Entre ces deux domaines incompatibles, celle des lois scientifiques (sciences humaines, mathématiques) et celles des lois des gens, il ne resterait donc que l'espace d'un marigot théorique où personne ne va désormais plus s'aventurer. Faute de crédits, ou de courage.
10 sept. 08
C'est logique parce que c'est mathématique
Affirmation fréquemment entendue pour un sujet d'étude presque trivial : la logique est la mathématique en soi et pour soi. Comment de telles inepties peuvent-elle encore être prononcées par des esprits éclairés ? Prenons un exemple "simple", si l'on peut dire, extrait de la recherche mathématique "ordinaire" concernant les groupes symplectiques. Voir l'article en français publié le 1er septembre 2008 par Aurélien Djament et Christine Vespa sur le site de http://fr.arxiv.org ou bien l'article de synthèse d'Yves de Cornulier sur le site de normale sup : http://www.normalesup.org/~cornulier/wsympl.pdf De nombreux messages vont affluer pour expliquer quels sont les critères de logiques utilisés. "Toute connaissance dégénère en probabilité" écrivait David Hume. L'utilité de la mathématique est de pouvoir abréger la pensée, la purifier des scories sémantiques et de développer un pouvoir d'abstraction symbolique.
09 sept. 08
Une morale annexe à un système de vérité ?
La logique morale s'avère en fait être le sixième et dernier chapitre du Système de logique de J.S Mill. Après s'être consacré à la logique des noms, du raisonnement, de l'inférence (ou de l'induction), des faux raisonnements (fallacies), notre génial auteur, qui connaissait le grec dès l'âge de 3 ans, instruit par un précepteur personnel, Bentham himself, intellectuel que l'on ne présente plus, achève donc par la morale son monument logique, dont je me demande quand je vais entreprendre la lecture en anglais (le désintéressement intellectuel trouve ses limites parfois dans les neurones de mémoire qui ne suivent plus, et les précepteurs sont rares passé le cap des soixantes ans, plus de cours particuliers chez Keepschool). La biographie de Mill est connue, ce génie fut touché très jeune par la grâce de l'Esprit et par la dépression nerveuse. La différence entre John et bibi, c'est cinquante ans de vie, et aussi deux siècles d'histoire logique... John n'a pas eu à connaître les plaisirs de l'idéographie de Frege, les paragraphes de Wittgenstein, et les Principia de Whitehead et Russel, sans oublier les ingéniosités de Quine, etc. etc. Son système de logique est assez simple, malgré l'absence de traduction à un prix abordable. Vais-je vendre la soupière de la salle à manger pour m'offrir la traduction de chez Vrin ? Ou me contenter de la lecture de "l'utilitarisme" dont on comprend aisément à la lecture du chapitre sur la Justice qu'il ait pu être critiqué par Rawls ? Une phrase telle que " le sentiment de justice, par celui de ses éléments qui consiste dans le désir de punir, est donc le sentiment naturel de revanche ou de vengeance que l'intellect ou la sympathie permettent de diriger vers les souffrances, les maux qui nous atteignent à travers la société. Ce sentiment n'a rien de moral. Ce qui est moral, c'est sa subordination exclusive aux sympathies sociales afin de les servir..." Dire que Mill ait été considéré comme un moraliste de la bourgeoisie n'est pas excessif, à première vue, et il le reconnait d'ailleurs lui-même en admettant que sa morale ne vaut que pour un vingtième de la société. Son analyse de la justice, différenciée de l'intérêt public, en est la démonstration. Le juste n'est pas l'avantageux. Les règles morales qui interdisent aux humains de se faire du mal les uns aux autres seront plus tard le socle de la logique déontique, et en principe, de la paix sociale. Ne pas se faire du mal, c'est en quelque sorte admettre que chacun puisse trouver son bien où il le souhaite. La conclusion du chapitre révèle un auteur aussi visionnaire qu'utopiste. "Toute l'histoire du progrès social a été celle d'une série de transitions par lesquelles coutumes ou institutions sont passées, l'une après l'autre, du rang primaire supposée de la vie sociale, à celui d'injustices ou de tyrannies universellement stigmatisées. Cela a été le cas pour la distinction entre les esclaves et les hommes, entre les nobles et les serfs, les patriciens et les plébéiens ; il en sera de même, pour les aristocraties de la couleur de la race et du sexe" .
06 sept. 08
Nouvelle orientation théorique
Prise de conscience de l'hégélianisme dans le milieu universitaire philosophique local, sous couvert d'un kantisme affiché. Mon ignorance était grande à m'imaginer son absence. Impossible de le retrouver par le truchement des deux volumes édités chez Aubier, édition épuisée, tandis que l'édition de chez Vrin est hors de prix. Absents des bibliothèques publiques, sauf universitaires évidemment, mais pas d'entrée sans carte d'étudiant. J'interromps donc cette recherche orientée vers la pensée dialectique hégélienne pour me repencher sur l'utilitarisme de John Stuart Mill, auteur aussi d'un système de la logique, édition épuisée, sauf en version originale angaise éditée par Harper, publiée par Google, merci encore à Stanford University. Pas très BD, ce visage austère, mais la bonté de l'âme n'est pas en apparence. L'utilitarisme fut une nouvelle rationalité de l'humanisme généreux. Il n'y a pas que des gamineries ou des saloperies sur le net.